BÉATRICE BAULARD​

Béatrice Baulard est une plasticienne textile dont le médium préféré est le fil. Depuis une dizaine d’années, elle a entamé une recherche sur des volumes tissés, brodés, crochetés et tout dernièrement tuftés. 

Elle s’attache d’abord à imaginer des bijoux improbables, voire importables, des parures pour créatures des eaux qui auraient été déposées sur la berge. Avec la série « Concrétions » qui amorce une interprétation très personnelle de l’ouvrage de dames, Béatrice Baulard interroge cette capacité à créer à partir de rien ou presque, à exposer ses doutes et à négocier avec une réalité toute puissante et faussement tangible.

Elle documente ainsi une quête : celle d’une femme discrète qui s’appuie sur une lumière et une joie intérieures. Le conte, l’histoire personnelle ne sont jamais très loin.

Dans la plupart de ses pièces, elle insère, sertit un élément trouvé : caillou, verre poli, même plastique, pourvu qu’il ressemble à un minéral. Pour chacune d’elle, une émotion est ainsi enkystée. Le contraste  de texture avec les fils, les laines, matières souples par excellence symbolise un partage des tâches familiales : aux femmes les matières molles, la cuisine, la couture, le tricot, aux hommes les matières dures, l’acier, le bois.

Petit à petit, les cailloux disparaissent, ne reste que le textile. Lanières de jeans déchirées dans « Ressac », tulles et rideaux synthétiques dans « Ecumes ». Mais pour conserver cette exploration du volume sans tricher, elle s’emploie à créer du rigide avec du souple.

Sa famille lui a donné l’exemple de ce que l’on fait soi-même : jardiniers, mécaniciens, couturières, tricoteuses, brodeuses, cuisinières, accessoirement peintres, bricoleurs, vignerons, forgerons, soudeurs… malin, ingénieux, manuel sont des adjectifs non dits mais exprimés au quotidien dans les actes. Elle tire ainsi partie d’une philosophie des modestes pour prendre du plaisir à rendre magnifiques des matériaux oubliés, rendre à des stocks dormants d’usine, leur noblesse.

La découverte en 2023 du touffetage va amplifier un besoin profond de liberté. Elle s’empare instinctivement de cette technique d’habitude dévolue à la fabrication de tapis, mais explore d’autres pistes et surtout se déploie sur des surfaces de plus en plus importantes. Son stock de laine recyclée, lui aussi, prend encore plus d’envergure.

Elle tire ses croquis de départ d’un va et vient entre le zoom et le dézoom : soit en simplifiant des photos satellite, soit  en réorchestrant des détails de tous petits organismes (lichens, mousses, mouvements de l’eau…). Le choix des teintes et des grosseurs de fibres va initier une subtilité dans le motif. Les fils sont mélangés pour ajuster la couleur, donner plus de lumière ou d’ombre. Le mouvement du pistolet à tufter prend sa part aussi, se comportant comme un pinceau, s’affranchissant de la ligne droite pour esquisser une danse continuelle. La forme, elle, se libère d’une géométrie imposée, avec des arrondis qui s’installent en bordure, voire laisse des creux au milieu de la pièce. La matière est ensuite sculptée à la tondeuse et aux ciseaux, réunissant dans une même partition, la tapisserie et le bas-relief.